Au Festival de Cannes, cette année, tout ne se passait pas sur le Croisette, sur les marches du Palais, les plages et les terrasses les plus convoitées du mois de mai. En haut des hôtels, sur les trottoirs, sur le sable et sous les palmiers, une rumeur circulait : l’Orient Express est arrivé. Oubliés, les yachts privés qui croisent au loin, avec leur mythologie de célébrités et de soirées ultra-privées. Le voilier de 220 mètres de long, avec ses trois immenses mâts où se déploient des voiles paroxystiques – 1500 mètres carrés de gréement chacune – en fibre de carbone, est sorti il y a quelque semaines des chantiers navals de Saint-Nazaire. Une fierté industrielle nationale, saluée par le président Emmanuel Macron en personne, arrivée en catimini dans la baie de Cannes après – autre exploit du genre – être passée sous le pont qui, à Lisbonne, relie les deux rives du Tage.
17 heures : rendez-vous au port de Cannes pour la limousine maritime
Rendez-vous nous a été donné au port, au pied du Suquet, où nous attend la « limousine », un bateau comme une capsule bleue qui file bientôt direction le voilier. Les tentes blanches du Festival de Cannes, les façades des hôtels, la silhouette du Palais s’éloignent pour prendre des proportions de décor lilliputien, tandis que grandit celle de l’Orient Express Corinthian. Check de sécurité en quittant la terre ferme, re-check à l’arrivée, puis rencontre avec le majordome privé qui – il y en a, en tout, seulement une cinquantaine.
Ce qui frappe, d’abord, c’est le subtil jeu de courbes des rampes, de la moquette, des éléments décoratifs, qui contrastent avec les lignes droites des couloirs et des paliers. La cabine 509 est vaste : un premier petit salon, un second, une grande chambre donnant – évidemment – sur une terrasse privée, et une salle de bain de palace avec baignoire, douche, poignées de portes à motifs ondoyant quand il ne s’agit pas de cordages marins. Détail chic parmi d’autres : la télévision est cachée, et l’on préférera, tard le soir, la laisser dans sa planque pour découvrir les livres sur la table basse. Agatha Christie, bien sur (en l’occurence : Mort sur le Nil), les mémoire d’Erroll Flynn, ou encore un livre sur l’architecture des années 20 et 30 à Paris sont là.
17h40 : toc toc, c’est Maxime d’Angeac
On nous l’avais promis : Maxime d’Angeac, l’architecte en charge de ce projet pas comme les autres, est là. Réinventer toute la magie du plus célèbre train au monde en version flottante, métaboliser les codes de son luxe d’époque pour répondre (et devancer) les attentes cent ans plus tard, inventer l’Art Déco d’aujourd’hui et de demain : c’est à cet homme féru de boxe qu’est revenu ce chantier pas comme les autres, fait de 15 000 tonnes d’acier. Portale en main (ici, de l’éclairage à vérifier, plus tard, deux comédiennes qui souhaitent visiter), d’Angeac nous emmène aussi bien dans la tomonerie que dans la bibliothèque imaginée avec la librairie parisienne Galignani, ornée de panneaux sculptés par Etienne Rayssac et de peintures de Marie Detrée, peintre officielle de la Marine. Les photographies historiques de Roger Schall ponctuent de leur légendes en noir et blanc l’âme des lieux.