Quelque 220m de long, 4500 m2 de voiles, 110 passagers pour 54 cabines et suites, cinq restaurants, huits bars, un cabaret de 115 places, 12 000m2 de décors… Les chiffres de ce navire hors norme, plus grand voilier du monde, font tourner la tête ! Pour donner jour à cette idée, il a fallu l’audace de Sébastien Bazin, CEO d’Accor, l’imagination et la détermination de l’architecte Maxime d’Angeac et le savoir-faire industriel des Chantiers de l’Atlantique, à Saint-Nazaire. Un siècle après l’âge d’or des transatlantiques, l’Orient Express Corinthian réinvente l’art de la croisière, tout en rendant un hommage moderniste et contemporain aux arts décoratifs français. Des dimensions aux détails architecturaux, en passant par ses spécifications techniques, ce projet exceptionnel fait briller l’Hexagone, ambassade flottante de l’art de vivre à la française !
Vous avez piloté ce projet de 1 à Z. Racontez-nous le début de cette histoire…
Maxime d’Angeac. En septembre 2022, alors que mon équipe s’attelait à redonner vie au train Orient Express, Accor nous a demandé de réfléchir à l’idée d’un bateau. Début 2023, les Chantiers de l’Atlantique ont proposé un créneau disponible jusqu’en avril 2026. L’ensemble du projet s’est monté, très vite, dans un ping-pong entre création et construction à une échelle industrielle inédite dans le monde de l’architecture et de la décoration… Pour moi qui n’avais jamais dessiné de bateau, c’était un défi !
Ligne générale, style décoratif… Qu’est-ce que qui a dicté les choix esthétiques ?
M. d’A. Nous voulions que ce navire ait une allure de voilier et non de yacht ou de bateau de croisière. Nous avons retravaillé un projet proposé initialement par les Chantiers de l’Atlantique en supprimant des ponts, en redessinant une proue et une poupe plus effilées, ainsi que les balestrons des mâts, en agrandissant les baies vitrées, en abaissant les bastingages afin de sentir les embruns et le vent. Il fallait ensuite lui donner un style français évoquant les paquebots transatlantiques du début du XXe siècle. Pour donner vie à ce « palace flottant », je me suis mis dans la peau du décorateur-ensemblier René Prou connu pour son élégance sobre, son goût du confort et son style décoratif qui a fait merveille sur de nombreux paquebots dans les années 1920. Puis, j’ai pensé aux concepteurs du Normandie en 1935, Pierre Patout, Roger-Henri Expert et Henri Pacon… Comment auraient-ils procédé aujourd’hui ? Comme pour le train Orien Express, le style Art Déco, intemporel et intimement lié à l’histoire du voyage, s’est naturellement imposé tant sa grammaire entre rigueur et sophistication, rime avec luxe, confort et art de vivre à la française.